La Croix, mercredi 14/10/2009  Dossier. Et si l'avenir était aux littéraires ?
(extraits)
Une banque qui recrute un archéologue comme chargé de clientèle ; un groupe d'assurance qui embauche un expert de l'histoire médiévale... Il y a deux ans, l'opération « Phénix » créait une petite révolution dans l'enseignement supérieur. Sept grandes entreprises réunies en association s'engageaient à recruter chaque année des titulaires d'un master (Bac + 5) décroché dans un cursus universitaire généraliste, lettres, histoires ou sciences humaines. L'opération soutenue par le Medef réunit aujourd'hui neuf grandes entreprises et six universités de la région parisienne. Elle vient tout juste d'être lancée à Lyon.
« Depuis trois ans, Phénix a permis le recrutement de près de cent diplômés qui n'auraient jamais eu accès à l'entreprise », se félicite Bernard Deforge, initiateur de l'opération. Un bilan certes modeste, au regard du nombre d'étudiants. Mais un signe qu'il est possible de franchir des frontières réputées insurmontables. Associé du cabinet d'audit Pricewaterhouse, Bernard Deforge voit dans cette expérience, « qui n'est pas en soi généralisable », l'occasion de faire bouger les esprits.
« Traditionnellement, les chefs d'entreprise et les professionnels du recrutement se méfient des filières littéraires qu'ils connaissent mal », reconnaît Daniel Laurent, conseiller du président du club de réflexion libéral Institut Montaigne. Scientifique, fondateur de l'université de Marne-la-Vallée, l'ex-universitaire estime cette mauvaise image regrettable : « De bons littéraires ou géographes n'ont pas seulement acquis des connaissances mais aussi, on ne le sait pas assez, des méthodes de travail. » Selon lui, les responsabilités de ce désamour sont toutefois partagées. « Pour valoriser une solide culture générale, il faut aussi quelques compétences aujourd'hui indispensables comme la maîtrise de l'anglais ou d'outils informatiques. » Sur ce terrain, l'université éprouve des difficultés à rattraper son retard.
(...) François Auer estime, lui, que ces étudiants ont autant de chances que les autres. Gérant de Recrut'innov, une entreprise spécialisée dans l'embauche de personnels pour le compte de grandes entreprises, il estime que « les compétences comptent aujourd'hui beaucoup plus que le diplôme. Quoi qu'on en dise. C'est tout particulièrement le cas dans le commerce, où les jeunes ayant un bon relationnel sont largement avantagés par rapport à ceux qui n'ont que de simples compétences financières ou techniques. »
(...)
Marie Boëton et Bernard Gorce